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États généraux de l’information : les enjeux, l’État et l’état de la presse

N’aimez-vous pas que le gouvernement défende la liberté de la presse et qu’il mette à mal les grandes entreprises technologiques ?

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Lorsqu’Emmanuel Macron a promis aux médias français des États généraux en 2022, le sentiment général était « enfin ». L’idée était de fixer les nouvelles « règles du jeu » dans une ère numérique qui a vu une explosion de la désinformation, une érosion du rôle social des médias traditionnels et une diminution des revenus des médias au profit des grandes entreprises technologiques.

Serait-ce le nouveau départ qui redresserait le navire et nous remettrait sur la voie d’une information plus fiable, de médias correctement financés et d’une société dans laquelle ceux qui gagnent de l’argent grâce à l’information sont tenus de s’assurer qu’ils le font de manière responsable ?

Il ne fait aucun doute que ces objectifs sont nobles et, à Upgrade Media, nous souhaitons de tout cœur qu’ils fonctionnent, mais il y a lieu de se demander si l’État est à lui seul réellement en mesure de redresser la situation des médias.

L’UE dispose déjà d’un code de conduite sur les fausses nouvelles. Elle le fait depuis cinq ans et la dernière série de rapports a déjà été publiée. Bien que Meta ait tenu à souligner l’expansion de ses vérificateurs de faits dans le monde entier, un problème subsiste. La vérification des faits n’arrête pas la vague de désinformation. Pour une fois, Meta n’est même pas le principal méchant, car Elon Musk, un super-vilain à la James Bond est sur la scène. L’UE indique très clairement que sa plateforme X est la pire en matière de diffusion fausses nouvelles. Malgré des amendes et des procès, tout cela n’a malheureusement pas d’impact pour faire infléchir le coupable qui s’avère être aussi l’un des hommes les plus riches du monde.

Des initiatives telles que les États généraux posent avec acuité la question de savoir si les gouvernements sont en mesure d’établir les nouvelles règles alors qu’ils n’ont peut-être pas les meilleures cartes en main.

L’un des arguments récurrents, repris dans les États généraux, est, que les médias sociaux devraient payer les médias traditionnels pour leurs informations. En 2021, le gouvernement australien a inscrit cet argument dans la loi et Meta a rapidement cessé de publier des informations plutôt que de les payer. Peu de temps après, Meta s’est effondré et a accepté des accords de partage des revenus. Cette situation est de plus en plus pertinente compte tenu de la “battle royale” qui se déroule actuellement entre Meta et le Canada. Lorsque Trudeau a donné le feu vert pour obliger Meta à payer pour son contenu, la réaction immédiate a été de dire que le Canada était en train de bluffer Meta. Au fil des semaines, Meta a tout simplement retiré tous les contenus d’information, y compris pendant la période des incendies dévastateurs de forêts, et ce point de vue s’est inversé avec le sentiment que c’est Meta qui bluffait. Certains soulignent déjà que les perdants de ce jeu sont les médias traditionnels. Et ce problème ne se limitera probablement pas à l’anglosphère. Wired rapporte que Meta pourrait tout simplement se détourner de l’information.

Il est facile de se laisser entraîner dans l’épreuve de force entre l’État-nation et les médias sociaux, d’invoquer les arguments de l’utilisation équitable et de payer pour les informations, mais pour un nombre croissant de consommateurs d’informations, les médias traditionnels ne sont plus une source d’information référente. D’ailleurs, il est choquant de voir ces utilisateurs se tourner vers des sites de « divertissement » comme TikTok, plutôt que vers les médias d’information traditionnels. TikTok le sait et y travaille.

Qu’en est-il des États généraux ? Certainement une bonne chose dans la mesure où :
a) les grandes entreprises technologiques s’effondrent parfois face à la législation (voir le procès antitrust en cours contre Google), 

b) la reconnaissance et le soutien par le gouvernement de l’importance des médias traditionnels sont tout à fait bienvenus.

Toutefois, pour toutes les raisons susmentionnées, quiconque s’attend à ce que des mesures juridiques prises par un seul État règlent le problème risque de se laisser séduire par une pensée du siècle dernier. Le jeu a radicalement changé et les règles sont constamment modifiées au fur et à mesure que le jeu se poursuit. D’autant plus que les médias ne sont pas présents à la table des négociations lorsque l’État s’attaque aux médias sociaux.

Si nous ne voulons pas juste être des témoins du changement, nous devons aussi nous réinventer. Cela signifie qu’il faut constamment chercher à comprendre comment les autres se réinventent, les expériences qui fonctionnent, les nouvelles sources de revenus, les nouvelles plateformes et les nouvelles façons de satisfaire le public.

Chez Upgrade Media, même si nous nous réjouissons des États généraux, nous sommes conscients qu’il faudra surtout accompagner les médias dans une transformation numérique du XXIe siècle, car il ne faut pas s’efforcer de maintenir en vie les médias mais bien de trouver les moyens de les faire prospérer, notamment en apprenant à redevenir indispensables à la vie des gens.


À propos d’Upgrade Media : Upgrade Media est une agence créative, de conseils en stratégie, un centre de formation et de réflexion sur la transformation des médias.

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