Denis Carreaux : “Ce qui va nous permettre de gagner demain c’est la qualité des contenus”

Innovation éditoriale, nouveaux produits print & digitaux

Denis Carreaux : “Ce qui va nous permettre de gagner demain c’est la qualité des contenus”

Dans un monde de médias en mutation, Nice-Matin écrit une nouvelle page de son histoire. Pour preuve, le grand nombre de projets que l’entreprise azuréenne a engagé dont le lancement d’une nouvelle formule de son journal, prévue le 13 février et bien évidemment, l’accélération de sa stratégie de conquête des abonnés numériques. Denis Carreaux, Directeur des rédactions détaille ses ambitions pour 2021, l’année de la transformation.

Propos recueillis par David Sallinen.

Près d’un an après la reprise du Groupe par Xavier Niel aux salariés-actionnaires et malgré le contexte contraignant de la crise sanitaire, Nice-Matin a retrouvé sa capacité à se développer pour engager un certain nombre de projets d’avenir. Fini le temps des petits bouts de ficelles, la direction a défini sa stratégie à long terme en plaçant la qualité des contenus, le développement du journal papier et de l’offre numérique comme axes principaux du développement.

David Sallinen. Pouvez-vous nous aider à comprendre quels sont vos principaux objectifs et vos convictions pour 2021 ?

Denis Carreaux. L’objectif n°1 est l’abonnement numérique. Bien entendu, nous avons également le souci de limiter la baisse au maximum du print en actionnant plusieurs leviers. Pour cela, nous allons introduire de nombreuses nouveautés dans le journal, dès le 13 février 2021, en prenant à contrepied certaines tendances. Ainsi, nous confirmons la hausse de huit pages de la pagination moyenne de nos journaux, mesure initiée lors du premier confinement. De fait, notre pagination soutenue ne descendra plus, sauf exception, en-dessous de 56 pages ce qui est un niveau plutôt fort pour des titres de PQR. Nous sommes convaincus qu’il faut que le lecteur en ait pour son argent (le prix de Nice-Matin ayant augmenté en 2020) et il n’est pas possible de proposer un petit journal à des lecteurs qui subissent une hausse de tarif. Par ailleurs, nous avons la conviction que notre développement passe par une amélioration et un travail sur la qualité des contenus que l’on propose et ce, sur tous les supports. 

DS. Concrètement, quelles sont vos ambitions pour le journal, à quoi ressemblera la promesse renforcée sur le print ?

DC. Concernant les nouveautés éditoriales print, cela va se traduire par un nouveau chemin de fer que l’on a voulu plus lisible. Un des défauts du journal aujourd’hui est qu’il est un peu fouillis. On a du mal à s’y retrouver donc on va gagner en clarté avec des changements qui ne sont pas anodins. Nous allons notamment mettre le sport tout à la fin du journal et il n’y aura rien après. Cela donne un repère très net aux amateurs de sport et pour ceux, qui sont nombreux aussi, qui nous disent que le sport ne les intéresse pas car nous allons leur éviter de tourner des pages qu’ils ne souhaitent pas lire. L’idée est d’amener de la cohérence. Nous allons également regrouper dans un même cahier tous les contenus à vocation loisirs et magazines. Ce cahier quotidien Le Mag sera de 12 à 16 pages et aura une thématique forte chaque jour : éco le lundi, loisirs le mardi, enfants le mercredi, gastronomie le jeudi, culture le vendredi; histoire-patrimoine le samedi et santé/bien-être le dimanche.

Nous allons également introduire 3 nouvelles thématiques qui pouvaient exister mais pas sous cette forme. Tout d’abord, Kids-Matin qui passe d’un rythme mensuel à hebdomadaire, tout en conservant sa plate-forme numérique. La deuxième nouvelle thématique est Histoire et Patrimoine que l’on retrouvait un peu au fil des pages et dont nous avons décidé d’en faire une thématique et un rendez-vous hebdomadaire, le samedi. Enfin, la troisième thématique, Saveur et Gastronomie, le jeudi. Nous ne nous simplifions pas la tâche puisque nous lançons cette thématique à une période où les restaurants sont fermés mais nous sommes convaincus que cette thématique Saveur et Gastronomie qui regroupe la cuisine, les produits locaux, le vin et les restaurants ne pourra gagner que de l’ampleur au moment de la réouverture des restaurants.

DS. Qu’en est-il de vos objectifs sur le numérique ?

DC. Nous avons connu sur le numérique une année de forte croissance de l’audience avec une hausse de 35% sur 2020 par rapport à 2019. Ce qui est conséquent. C’est quelque chose que tout le monde a connu durant le premier confinement mais nous avons vraiment gardé une grande partie des bénéfices de ces progressions d’audience. Désormais, nous sommes à un peu plus de 13.000 abonnés, dits purs numériques, aujourd’hui. C’est une croissance de l’ordre de 15 % en 2020 mais que l’on souhaite très clairement accélérer en visant rapidement les 20.000 abonnés.

DS. Forts de votre expérience acquise sur le numérique, comment avez-vous travaillé vos projets pour mieux répondre aux attentes des lecteurs, lectrices de l’imprimé et cerner les attentes du client digital  ?

DC. Toutes les évolutions ont été travaillées en interne. Nous nous sommes simplement appuyés sur une importante étude IPSOS qui a été réalisée au cours du premier trimestre 2020. Nous n’avions plus réalisé d’études lecteurs depuis 5 ans. Nous nous sommes donc appuyés sur les enseignements qui nous ont confortés : Nice-Matin a une bonne image et est apprécié. Les gens y sont attachés mais nos contenus ne sont pas assez proches de leurs préoccupations. Nous avons donc travaillé sur ces points et cela a rejoint la réflexion que nous avions déjà engagée sur le digital ces dernières années par un certain nombre d’innovations : notamment en remettant le lecteur, l’internaute au centre.

Enfin, il est clair que l’on s’est beaucoup inspiré dans le print de ce que l’on a mis en œuvre sur le digital. Et nous avons encore accéléré ce mouvement depuis un an, depuis la crise sanitaire, ce qui nous a permis de faire évoluer le journal au fil de l’eau. Nous avons beaucoup développé les contenus Solutions. La prochaine étape sera d’exporter cette idée, ce réflexe dans nos locales également.

DS. Comment menez-vous cette transformation digitale au sein de la rédaction ?

DC. Nous travaillons particulièrement avec Sophie Casals (Responsable de la transformation numérique) sur ces questions à travers des projets concrets liés aux Solutions, à la data, locale par locale. Nous voulons également développer aussi la dimension engagement à travers un certain nombre d’initiatives comme multiplier les débats autour de sujets d’intérêt local. C’est toute cette culture digitale, développée ces dernières années avec Damien Allemand, directeur des contenus et produits digitaux, qui infusent maintenant dans le print. Quant au digital, nous allons continuer à développer fortement la rubrique “La Rédaction répond” qui est devenue chez nous un projet à part entière. 

DS. Qu’en est-il de votre transformation du point de vue des outils et de l’organisation ?

DC. À partir de la fin de la semaine prochaine, nous allons déployer une nouvelle organisation qui repose sur un nouveau logiciel éditorial, une évolution de notre outil actuel mais une révolution en interne. Il s’agit de Protec Milenium HTML5  Editor, un outil unique sur lequel sont formées les équipes depuis début janvier 2021 et qui va permettre de gérer les contenus pour l’ensemble des supports. Ce que l’on ne pouvait pas faire jusqu’à présent. 

On change totalement d’époque. On arrête le fonctionnement actuel qui fait que tout le monde, rédacteur et surtout manager montait les pages. Donc, on met en place des éditeurs print et web à la fois au desk central, au siège, à Nice et à Toulon et nous déployons également le rôle d’éditeurs de territoires dans chacun de nos 6 territoires. 

La conséquence de tout cela est qu’on libère les managers d’une partie de leurs tâches actuelles, comme tout ce qui relève du travail de mise en page qui leur prend énormément de temps aujourd’hui et l’on concentre les équipes d’encadrement des locales,  principalement sur le travail d’anticipation, la définition des formats, des angles, des modes de traitement, l’animation éditoriale.

DS. Comment voyez-vous l’évolution d’une rédaction comme Nice-Matin? Que faut-il ne pas perdre de vue ? 

Nous devons apprendre à en faire moins, moins de sujets mais faire beaucoup plus de choix. De fait, concevoir des sujets beaucoup mieux traités, beaucoup plus anglés, en développant au niveau régional, départemental et local, le travail d’enquête, les longs formats, etc. D’une certaine manière, nous devons mieux assumer l’actualité locale et la créer aussi.

Par ailleurs, la tempête Alex nous a fait prendre conscience que nous sommes aussi un média national. Certes, nous sommes un média régional depuis toujours mais sur un événement comme celui-là, tout comme celui de l’attentat du 14 juillet à Nice, nous constatons qu’avec un travail de qualité, nous sommes leaders sur une info pas seulement parce qu’elle se passe chez nous mais parce que nous avons des équipes de qualité qui ont la capacité de trouver les bons angles, d’être au bon endroit au bon moment et de faire un travail qui n’a rien à envier au travail qui pourrait être fait par des médias nationaux. Ceci enlève aussi quelque part quelques complexes et nous conforte sur le fait que nous ne sommes pas la seconde division de la presse parisienne.

Quand les gens voient les images de Nice-Matin sur les chaînes d’info ou dans les JT, quand ils voient nos journalistes témoigner sur les sujets des télés nationales, ou encore quand on voit le succès que recueillent les podcasts, les longs formats de Nice-Matin sur la tempête Alex, tout ceci nous conforte sur le fait que ce qui va nous permettre de gagner demain est la qualité de nos contenus. Cette qualité donnera de la visibilité, permettra de toucher davantage d’audience, une audience qualifiée et sensible à nos contenus.

DS. Cette quête de qualité est essentielle. Comment comptez-vous mettre en œuvre les logiques web to print (reverse publishing) de manière très opérationnelle et efficace ?

Guide Editorial Web to print 2020 – Le Télégramme

DC. Nous allons nous appuyer sur la charte éditoriale, le guide éditorial que nous sommes en train de finaliser qui va être la référence pour l’ensemble de la rédaction. Cette charte nous a été inspirée par Le Télégramme (charte développée en collaboration avec Gregory Leduc et David Sallinen dans le cadre de la nouvelle formule, lancée en novembre 2019). Nous avons retravaillé les notions de formats, beaucoup simplifié les formats à disposition des journalistes et des formats dans les pages pour davantage de clarté. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur le séquençage des papiers et des sujets. Pour les équipes, c’est vraiment une nouvelle gymnastique.